Histoire de Tongs nous raconte son tour du monde

Qui n’a jamais rêvé de partir près ou loin. De tout plaquer pour user ses semelles sur les chemins du monde entier. Astrid Duvillard l’a fait. On l’a rencontré et elle nous a raconté ce qui fait le sel de son existence. Sa passion, sa vie en somme. On a rencontré une vraie personne, avec un cœur gros comme ça, à la fois humble et avec quelque chose de timide. De celle qui ne se met pas en avant. On est reparti avec l’envie d’avoir de ses nouvelles quand elle repartira. Bientôt.

Qu’est-ce qui t’a amené à voyager ?

C’était un rêve depuis toute petite. Je voulais faire le tour du monde. C’était des mots un peu abstrait mais c’était ce que j’avais en tête. Petit à petit je me suis mis à voyager sur des courtes périodes puis sur de plus longues. En 2011, je me suis dit que j’allais mettre de l’argent de côté pour préparer mon départ et en 2013 j’ai tout plaqué et je me suis lancé.

Tu avais quel âge quand tu es partie ?

J’avais 27 ans .

Entre le temps où tu passes du rêve à la réalité, le temps où petite tu te dis je vais faire le tour de ce Globe terrestre en vrai et le départ…

Y a eu des voyages entre. C’était un rêve que je construisais depuis longtemps. Y a eu les voyages courts que je faisais dans l’optique de partir un jour pour de bon. Ca me faisait un peu peur de commencer par quelque chose de grand alors j’ai commencé par des choses plus abordables. Et comme tout c’est bien passé, je me suis dit qu’il n’y avait pas de raison que ça se passe pas bien sur des formats plus longs. J’ai croisé des gens qui partent d’un coup, sans jamais être partis avant. Ils se retrouvent au fin fond de nulle part et ils partent un an, deux ans comme ça, moi je n’aurais pas pu.

Ton idée c’est quoi ? Découvrir des gens ? Des pays ? Je vais aider les populations locales ?

Y a plusieurs choses mais la rencontre, je pense que c’est le point clé du voyage car c’est ce qu’il y a de plus beau, en fait. C’est ce qu’on peut trouver de plus riche sur la route, c’est les personnes qu’on rencontre. J’aime bien aussi, et parce que je fais beaucoup d’auto-Stop, le côté « excitation ». On sait jamais ce qui va se passer, on sait jamais où on va s’arrêter, qui on va rencontrer. Ce côté aventure me plait. Et puis y a une progression personnelle aussi. Ça permet de mieux se connaître. Ca permet de réflechir, de savoir ce vers quoi on veut aller.

Bateau Stop dans l’Adriatique (®Histoire de tongs — Astrid Duvillard)

On a réellement jamais peur ?

J’ai eu peur la veille de partir en 2013. J’ai eu peur parce que jamais je n’avais été aussi loin de mes proches et aussi longtemps. C’est comme sauter en parachute ou quelques chose comme ça. Après, on sait que ça se passe bien alors il n’y a pas de raison d’avoir peur . Y a des difficultés mais y a toujours une solution qui apparaît. Les proches ont plus peur que moi alors je donne des nouvelles régulièrement. Ma famille s’inquiète beaucoup par exemple alors je ne veux pas être égoïste et les laisser dans l’inquiétude. Tous les quelques jours j’envoie un petit truc pour leur dire que tout va bien.

En 2013, tu plaques tout. Tu plaques quoi en fait ? Tu faisais quoi ?

Je travaillais à l’ASCA à Saint Jean de Braye pendant six ans au Pont Bordeau. Je suis partie en pleurant car c’était un boulot sur mesure, j’avais des supers collègues qui sont devenus des amis. Mais faut faire des choix.

Tu regrettes parfois ?

Non car je suis épanouie.

Avant de partir, tu as prévu un pécule de départ ? Tu as fait comment pour te dire il me faut ça ?

Au début je pensais partir un an et reprendre le travail à mon retour. Je me suis dit alors que j’aurai besoin de 15 000 euros tout compris avec les avions. En fait j’ai dépensé un peu moins. Et en rentrant je me suis dit que je voulais continuer et que je pouvais dépenser moins.
J’ai un peu monétisé mon blog, de temps en temps j’écris des articles pour d’autres et puis je joue de l’accordéon. Et cela couvre mes frais.

Tu joues de l’accordéon. Tu as des influences particulières ?

Euh non, je fais des morceaux de l’Est, des chants de marin, des valses car j’aime beaucoup.

Cappadoce, Turquie (®Histoire de tongs — Astrid Duvillard)

Un voyage comme ça c’est aussi une grosse dose de courage.

Oui et non. Je me suis jetée à corps perdu dans le voyage. Je suis d’abord partie un an et donc ça c’est fait progressivement. Je m’entends bien avec mes proches et donc je sais que je peux avoir une chambre quand je reviens. J’ai de la chance en fait.

C’est quoi la prochaine étape ?

Ce sera l’Allemagne et des voyages plus courts, en Europe.

Quand on voit les pays que tu as visité, on en devient jaloux et on a des étoiles plein les yeux.

J’ai de la chance. J’aime l’Europe parce que les repères sont les mêmes, les cultures sont similaires, les différences sont moins grandes.

Tu maîtrise plusieurs langues ?

J’ai appris l’Anglais sur le tas et après j’ai des bases d’Espagnol et d’Allemand et cette année je me suis mise au russe. Tous les pays d’Asie Centrale parlent Russe et si mon russe est mauvais on se comprend et ça brise la glace, on peut au moins échanger. Ça permet d’avoir des belles surprises.

Tu planifies les endroits où tu vas ?

L’an dernier oui car avec un ami on voulait suivre la route de la soie et on a relié les points entre eux. Y a eu des années où c’était au feeling, ça dépend des projets.

Lake District, Angleterre (®Histoire de tongs — Astrid Duvillard)

Et comment tu fais pour les visas alors ?

Pour les visas, on fait ça en cours de route. Par exemple pour la Chine j’ai fait mon Visa en Thaïlande.

Du coup t’es incollable en Géo maintenant ?

Pas incollable mais j’ai des bonnes bases (rires).

C’est incroyable de se dire que c’est faisable. Que tu peux vivre ton rêve, que si on veut on peut enlever les barrières que nous nous mettons.

Y a deux choses. Quand tu es né en France dans une famille ni riche ni pauvre, n’importe quel rêve est à portée de main. Il suffit de bosser. Ou presque…Les deux ans de préparation, j’ai mis 100% de mon salaire de côté alors que j’avais un loyer. J’ai revendu toutes mes affaires, et je vivais avec les trucs que je vendais. J’ai fait de l’intérim, des inventaires de nuit, des brocantes. J’étais concentrée sur mon objectif et c’est à la portée du plus grand nombre. L’autre chose c’est que si on s’est bougé pour y arriver, on a surtout de la chance d’être né en France. Je suis pas née avec un passeport Zambien ou Zimbabwéen. Eux pour un passeport c’est un an de salaire… On a vraiment de la chance. On rencontre des gens qui ne sont pas libres, des filles mariées de force. On a beaucoup plus de cartes en main qu’eux. On a quand même une chance.

Ton meilleur souvenir ?

C’est difficile à dire. Cette année je suis partie avec mon meilleur pote, José et si je devais donner un souvenir général ce serait être en sa compagnie. C’est un gars super sur qui je peux compter.

Et le pire ?

Ce qui est gênant c’est stigmatisant pour le pays que je pourrais citer. Y en a eu, mais… Evidemment quand tu es toute seule, c’est les formes d’harcèlement sexuel, les mains baladeuses, voilà quoi.

Si quelqu’un te dit, je dois commencer par quoi ?

On a tous des avis différents. Par exemple si je prends José, il te dirai fonce, tu régleras les problèmes en cours de route. Moi je suis l’inverse je dois penser à tout, tout noter. Il faut que chacun trouve sa route.

Il te reste quoi comme rêve, comme pays que tu as envie de visiter ?

La Russie.
Je l’imagine comme un pays où la vie est dure mais avec des gens sympas.

Cote Croate (®Histoire de tongs — Astrid Duvillard)

Tu oses mettre les pieds dans des pays « interdits » ou dangereux ?

Non. Je dois faire attention et je ne veux pas inquiéter mes proches. Ce ne serait pas correct. Après faut faire gaffe à ce que les gens racontent. Le mieux c’est écouter les habitants. Ils préviennent qu’il ne faut pas aller à tel ou tel endroit. Et puis des pays interdits y en a peu en fait…

Tu as déjà pensé au moment où tu arrêteras de voyager ?

Je pense qu’à moyen terme je me poserai quelque part pour louer un truc pas cher, écrire, être au calme, vers la mer. En Grèce pourquoi pas.

On a l’impression que tu as vécu 15 vies.

Non, non. Au départ tu as 15, 20 rêves, pays où tu veux absolument aller. Et dès que tu en fait un, tu en as vingt nouveaux qui arrivent. Y a des gens qui te disent, faut que tu y ailles là bas c’est génial. On ne pourra jamais tout voir. Des fois on me dit que je dois être blasée. Alors que c’est tellement différent partout. Au contraire, peut être que tu apprécies la beauté encore plus parce que tu as plein de choses à comparer. Il y a tant d’endroits à voir. En France, à Orléans…

Tu t’es jamais dit que tu pourrai écrire un livre, faire des conférences ?

Cette année, j’en ai trois de prévues. Cette année sera comme un tournant. Mon blog marche bien. Je voudrai le rendre encore plus pro, plus carré. Je voudrai bien écrire un livre. Je suis pas encore prête mais je lis beaucoup, je prends des notes, et je fais des progrès. Je suis presque prête.

On espère que tu nous donneras des nouvelles et on se fera un plaisir de les relayer sur Pour Info.

Ce sera avec plaisir.

Vous pouvez retrouver Astrid sur son blog, https://www.histoiresdetongs.com/

Elle y relaie ses voyages et donnent quelques conseils. Elle y revient aussi sur le freeganisme…

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